400 plants de genévrier pousseront bientôt au lycée agricole de Nérac. Les baies seront destinées à la fabrication des dry gin biologiques de la distillerie du Grand Nez.

La mauvaise image du breuvage lui colle encore parfois à la bouteille : le gin est un alcool bas de gamme qui se picole dans des boîtes de nuit décaties pour oublier le temps des malentendus. Quand il lui arrive de laisser des souvenirs, ce sont ceux de matins blêmes où des piverts hargneux s’excitent dans les crânes.
Le gin, le vrai, le pur, le traditionnel, l’artisanal, est en réalité d’une grande délicatesse. Il a de la finesse. Il ne se boit pas, il se déguste. Il est classe. Le chic est de l’essayer avec la ginger beer. Depuis octobre 2019, la distillerie du Grand Nez fabrique des dry gin biologiques lot-et-garonnais (notre édition du 25 mai 2020) de qualité. Deux sont déjà sortis de l’alambic. Un troisième, en cours d’essai, devrait voir le jour au premier trimestre 2021.
Implantée à Agrinove, pépinière d’entreprises de Nérac, la distillerie du Grand Nez est le fruit de la convergence entre Anne-Hélène Vialaneix, ingénieur agronome, œnologue, magicienne, et Eric Lugas, fin gourmet, entreprenant et commercial hors pair. Leur projet dépasse l’élaboration savante de recettes mystérieuses et la préservation des secrets de la distillation à très basse température.

Le charme méconnu du genévrier

L’ingrédient essentiel du gin est la baie de genévrier. Elle lui offre sa note épicée et un arôme entre fruit noir et fruit rouge. Le genévrier pousse à l’état sauvage, sa cueillette est hasardeuse. Si ce n’est pour les huiles essentielles qui utilisent aussi ses rameaux, il n’y a aucune culture organisée en France de cet arbuste.
Il a pourtant un charme méconnu sur le plan agronomique. Il demande peu d’eau ce qui n’est pas négligeable en ces temps de réchauffement climatique. Il est peu sensible aux attaques sanitaires ce qui favorise une culture sans intrant.
Aujourd’hui la distillerie néracaise s’approvisionne en baie bio équitable chez un fournisseur basé à Nice mais sa volonté affichée est d’utiliser des ressources locales pour tendre vers un gin totalement façonné en 47. Elle compte donc développer la filière en Lot-et-Garonne comme le fait la jeune entreprise Hopen – elle aussi hébergée à Agrinove – avec le houblon.

400 plants pour un bon plan

Mardi prochain, devant des jeunes de la section « Aménagements Paysagers », 400 plants de genévrier seront plantés au lycée agricole Armand-Fallières situé t à un jet de pierre du local du Grand Nez. La collaboration avec Julien Marti, le chef d’exploitation du lycée, est enthousiasmante selon AnneHélène. Elle se réjouit à l’idée de partager son savoir, de parler de valorisation des productions et d’agriculture circulaire, d’expliquer les possibilités offertes par cette culture nouvelle (moins de passage d’engins par exemple) ou encore les expériences à tenter avec les couverts végétaux mellifères. Elle aime le côté pédagogique de l’aventure. La première récolte de baies de genévrier lot-et-garonnaises est espérée dans deux ans.

Des échanges jour après jour pour les aider à booster leur entreprise

Lorsque nous leur avons demandé comment Agrinove les aide dans leur vie entrepreneuriale, la réponse d’Anne-Hélène est sans appel : « en offrant le café tous les matins » !
Blague à part, ce qu’ils aiment dans le fait d’être à la technopole Agrinove, c’est la possibilité d’échanger avec les autres entrepreneurs. Des échanges de toutes sortes : les bonnes pratiques entre chefs d’entreprises confrontés aux mêmes problématiques, le prêt de matériel ponctuel, la réception de commandes en cas d’absence … C’est toute cette émulation qui plaît à Eric et Anne-Hélène.

Mention spéciale pour l’accompagnement d’Agrinove lors de moments plus difficiles que peuvent vivre les jeunes entreprises, tel que la crise du coronavirus très récemment. Le support psychologique et financier dont a pu bénéficier la distillerie Du Grand Nez leur a permis d’être sereins sur plusieurs points et de concentrer leurs efforts sur ce qui est prioritaire : assurer la sortie de leurs Dry Gins pour les commercialiser au plus vite.

Médailles d’or

Les deux premières créations de gin de la Distillerie Du Grand Nez ont obtenu chacune une Médaille d'Or au "Spirit Selection by Concours Mondial 2020"

Les deux premières créations de gin de la Distillerie du Grand Nez ont obtenu chacune une Médaille d’Or au « Spirit Selection by Concours Mondial 2020 ». 1400 spiritueux issus de 54 pays étaient en lice pour cette 21e édition où 60 dégustateurs professionnels étaient réunis à Bruxelles. Le gin néracais est le seul gin français à avoir touché de l’or ! C’est incontestablement une reconnaissance du savoir-faire d’Anne-Hélène Vialaneix mais aussi de la stratégie produit mise en place par Eric Lugas. Alors que le Grand Nez n’a pas été épargné par la Covid-19, cette récompense est également un formidable coup de boost. Elle conforte aussi nos entrepreneurs : ils sont sur le bon chemin.

Source :Bertrand Chomeil, La Dépêche