L’ingrédient essentiel du gin est la baie de genévrier. La distillerie du Grand Nez a noué un partenariat avec le lycée agricole de Nérac pour organiser la culture de cet arbuste sauvage.

La parcelle expérimentale n’est pas si loin. Quitter Nérac, s’engager avenue Jean-Jaurès, puis route de Francescas sur laquelle se trouve le lycée Armand-Fallières, bifurquer en direction du Nomdieu, passer devant la pépinière d’entreprises Agrinove, rouler 400 m, tourner à droite, direction Puy Fort Eguille, stopper la voiture où c’est possible le long du fossé, juste après le ruisseau de Caillau, monter à pied sur le coteau en suivant les empreintes des pneus d’un tracteur dans la terre meuble et vous apercevez, entre ciel gris et terre brune, un couvert végétal de moutarde jaune.
Là, dans le froid de canard de ce 1er décembre, une dizaine d’élèves de seconde « aménagements paysagers » du lycée agricole ne profitent pas de la beauté automnale du paysage ; ils plantent. Mais ils plantent un arbuste qui ne l’a jamais été en Lot-et-Garonne : le genévrier.
Ce sont les premiers plants d’un projet étonnant et novateur. La baie de genévrier est l’ingrédient essentiel du gin biologique, une boisson spiritueuse que fabrique la distillerie du Grand Nez. Cette dernière grandit à Agrinove. Anne-Hélène Vialaneix et Eric Lugas, ses créateurs, misent sur le local et le bio. Le hic est que le genévrier est sauvage. Aucune culture de cette baie bleue violacée n’est réellement organisée en France et encore moins en Lot-et-Garonne. Le Grand Nez s’approvisionne dans une autre région.
La volonté a été de se rapprocher du lycée agricole voisin pour que leur gin soit totalement lot-et-garonnais. « Ils cherchaient une parcelle expérimentale pour faire de la plantation de baie de genévrier, explique Julien Marti, chef d’exploitation du lycée. Au niveau agronomique, nous avions ce terrain qui s’y prêtait car nous sommes sur une roche mère calcaire assez proche du sol où le genévrier pousse ». Un demi-hectare a été converti en bio. Il accueille les 400 plants.

Pédagogie, production et développement du territoire

Fille d’enseignants, ingénieur agronome et œnologue, Anne-Hélène Vialaneix a le goût de la transmission. Elle raconte aux jeunes le pourquoi du comment. C’est le volet pédagogique de cette aventure. « Avec lui, il y a la partie production liée à l’exploitation agricole et celui développement du territoire avec le partenariat entre le lycée et la distillerie », souligne Julien Marti.
« L’expérimentation, explique-t-il, se fait sur la conduite de la culture. L’idée est de voir comment elle se comporte en culture maîtrisée et pas spontanée ». La rusticité de la plante est intéressante pour le bio car elle n’a pas beaucoup de ravageurs et de maladie. Elle consomme peu d’eau ce qui, en ces temps de réchauffement climatique, n’est pas neutre. « La seule problématique est la gestion de l’enherbement. Sur le modèle de ce qui fait en vigne, nous allons mettre en place des couverts végétaux pour inter-rangs ».
Pour l’inter- plants, une toile de paillage en chanvre 100 % biodégradable devrait permettre de garder un rang sain. Il y a encore tout un travail sur la biodiversité avec des couverts végétaux mellifères puisqu’il y a des ruches au lycée. Première récolte dans deux ans.

Une diversification pour sortir du modèle des grandes cultures

Après le lycée de Sainte-Livrade qui teste la filière houblon pour la société Hopen – implantée elle aussi à Agrinove, elle veut fournir des brasseurs –, celui d’Arlmand-Fallières à Nérac se lance dans celle du genévrier. Au-delà du projet en lui-même, il y a là une application concrète de la fameuse culture de diversification pour sortir du modèle des grandes cultures. « Il y a ce mouvement d’aller vers des marchés de niche ou des circuits courts qui sont dans l’air du temps, reconnaît Julien Marti. Il s’agit aussi d’être une vitrine pour les agriculteurs du secteur qui souhaite se diversifier ». L’un d’eux s’est d’ailleurs rendu mardi sur la parcelle pédagogique où il a échangé avec Anne-Hélène Vialaneix, cofondatrice de la distillerie du Grand Nez.

Bertrand Chomeil

Source : La Dépêche